Vous êtes artiste-auteur (écrivain, illustrateur, photographe, graphiste, compositeur, scénariste…) et vous devez déclarer vos revenus aux impôts ? Le statut d’artiste-auteur a ses propres règles fiscales, différentes de celles du microentrepreneur classique. Deux déclarations à faire (impôts + URSSAF), des cases spécifiques à remplir sur le formulaire 2042 C Pro, et des pièges à éviter absolument (la fameuse case 5HY !). On vous explique comment déclarer vos revenus d’artiste-auteur en 2026, étape par étape.
Artiste-auteur : qui est concerné ?
Avant de parler déclaration, vérifions que le régime d’artiste-auteur vous concerne bien. Vous êtes artiste-auteur si vous percevez des revenus liés à la création d’œuvres de l’esprit, dans l’une de ces branches :
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les écrivains et auteurs de livres (romans, essais, BD, scénarios…)
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les compositeurs de musique et les paroliers
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les artistes des arts graphiques et plastiques (peintres, sculpteurs, graveurs, illustrateurs, photographes d’art…)
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les graphistes et designers, à condition que leur activité relève de la création d’œuvres originales
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les auteurs d’œuvres audiovisuelles et cinématographiques (réalisateurs, scénaristes, dialoguistes…)
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les auteurs de logiciels et les créateurs de jeux vidéo (sous conditions).
Si vous êtes dans l’une de ces catégories, vous relevez de la Sécurité sociale des artistes-auteurs (SSAA), gérée par l’Urssaf Limousin. Ce n’est pas le régime de la microentreprise, même si certains points se ressemblent.
La double déclaration : impôts + URSSAF
C’est la première grande différence avec les microentrepreneurs classiques. Depuis 2021, les indépendants bénéficient d’une déclaration unique (fiscale et sociale). Les artistes-auteurs, eux, sont exclus de ce dispositif.
Vous devez donc effectuer deux déclarations distinctes chaque année :
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la déclaration fiscale sur impots.gouv.fr, via le formulaire 2042 C Pro → c’est votre déclaration d’impôt sur le revenu
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la déclaration sociale sur artistes-auteurs.urssaf.fr → c’est la déclaration de vos revenus artistiques à l’Urssaf Limousin, qui sert à calculer vos cotisations sociales.
Attention : ces deux déclarations doivent être cohérentes entre elles. Si vous déclarez 20 000 € aux impôts en BNC et 15 000 € à l’Urssaf, ça posera problème.
| Déclaration | Où ? | Quand ? | Pourquoi ? |
|---|---|---|---|
Fiscale (impôts) |
impots.gouv.fr |
Mai-juin 2026 (revenus 2025) |
Calcul de votre impôt sur le revenu |
Sociale (URSSAF) |
artistes-auteurs.urssaf.fr |
Printemps 2026 (revenus 2025) |
Calcul de vos cotisations sociales |
Quel régime fiscal choisir : traitements et salaires (TS) ou BNC ?
En tant qu’artiste-auteur, vos revenus peuvent être déclarés de deux manières différentes selon leur nature. C’est un choix important qui impacte vos impôts.
Traitements et salaires (TS)
Ce régime s’applique uniquement aux droits d’auteur versés intégralement par un tiers : un éditeur, un producteur ou un organisme de gestion collective (Sacem, SAIF, Adagp…). Dans ce cas, vos droits sont déclarés dans la case 1GF (ou 1HF pour le déclarant 2) du formulaire principal 2042, comme un salaire.
L’avantage : vous bénéficiez automatiquement de l'abattement de 10 % pour frais professionnels (comme les salariés).
Bénéfices non commerciaux (BNC)
Ce régime concerne tous les autres revenus artistiques : ventes d’œuvres, ateliers, bourses, prix, revenus accessoires, et aussi les droits d’auteur si vous choisissez de renoncer au régime TS. Vous déclarez ces revenus dans le formulaire 2042 C Pro.
En BNC, deux sous-régimes existent :
| Régime | Condition | Abattement / déduction | Case |
|---|---|---|---|
Micro-BNC |
Recettes < 83 600 € (seuil 2026) |
Abattement forfaitaire de 34 % |
5HQ (ou 5IQ) |
Déclaration contrôlée |
Recettes > 83 600 € ou sur option |
Déduction des frais réels |
5QC (avec AGA) ou 5QI (sans AGA) |
Notre conseil : si vos frais professionnels réels dépassent 34 % de vos recettes (matériel, atelier, déplacements, formation…), la déclaration contrôlée peut être plus avantageuse, même si vos recettes sont inférieures au seuil.
Cas mixte : si vous percevez à la fois des droits d’auteur via un éditeur ET des ventes d’œuvres, vous pouvez déclarer les premiers en TS et les seconds en BNC. Ou tout regrouper en BNC, à vous de choisir la solution la plus avantageuse.
Déclaration d’impôts artiste-auteur : le tutoriel étape par étape
Voici comment remplir votre déclaration de revenus 2026 (pour les revenus 2025) sur impots.gouv.fr.
Étape 1 : Connectez-vous sur impots.gouv.fr
Rendez-vous sur votre espace particulier sur impots.gouv.fr. Vous pouvez vous connecter avec vos identifiants fiscaux ou via FranceConnect (Ameli, France Identité…). Cliquez sur le bouton "Accéder à la déclaration en ligne".
Étape 2 : Cochez la bonne case pour faire apparaître le formulaire
Dans la section "Revenus", cochez la case "Revenus non commerciaux professionnels". Le formulaire 2042 C Pro va alors apparaître automatiquement dans votre déclaration.
Attention : ne cochez pas les cases "indépendants" (revenus industriels et commerciaux), sauf si vous avez une autre activité en parallèle. Ces cases ne concernent pas les artistes-auteurs.
Étape 3 : Renseignez vos revenus artistiques
Si vous déclarez en traitements et salaires (TS)
Renseignez le montant imposable indiqué sur vos certificats de précompte dans la case 1GF (déclarant 1) ou 1HF (déclarant 2) du formulaire principal 2042. Attention, le montant imposable n’est ni le montant brut, ni le montant perçu sur votre compte : c’est le montant figurant sur le relevé de votre diffuseur.
Si vous déclarez en micro-BNC
Inscrivez votre chiffre d’affaires brut HT (recettes encaissées en 2025) dans la case 5HQ (déclarant 1) ou 5IQ (déclarant 2). L’administration appliquera automatiquement l’abattement de 34 %.
Si vous déclarez en frais réels (déclaration contrôlée)
Vous devez d’abord remplir la déclaration 2035 (liasse fiscale) sur votre espace professionnel, puis reporter le résultat dans la case 5QC (si vous êtes adhérent d’une AGA) ou 5QI (sinon).
Étape 4 : Les cases à NE PAS remplir
Case 5HY : ne la remplissez JAMAIS en tant qu’artiste-auteur !
Cette case sert au calcul des cotisations sociales des travailleurs indépendants classiques. Or, vos cotisations sont prélevées directement par l’Urssaf Limousin. Remplir cette case reviendrait à payer vos cotisations deux fois. Chaque année, des artistes-auteurs tombent dans ce piège !
Cases "indépendants" (BIC) : ne les cochez pas non plus, sauf si vous exercez une activité commerciale ou artisanale en plus de votre activité artistique.
La déclaration sociale à l’URSSAF : ne l’oubliez pas !
En parallèle de votre déclaration fiscale, vous devez déclarer vos revenus artistiques 2025 sur artistes-auteurs.urssaf.fr. C’est cette déclaration qui détermine le montant de vos cotisations sociales (environ 16,20 % de votre assiette sociale).
Depuis le 1er janvier 2026, cette déclaration est obligatoirement dématérialisée.
Quelques points importants :
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munissez-vous de vos certificats de précompte, factures et notes de droits d’auteur avant de commencer
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choisissez le bon régime (BNC micro, BNC frais réels, ou TS) : il doit correspondre à celui de votre déclaration fiscale
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si vous déclarez en BNC, vous devez renseigner votre numéro Siret
-
l’Urssaf appelle vos cotisations chaque trimestre sur la base de vos revenus connus. Une régularisation a lieu après la déclaration.
Le calendrier des appels trimestriels en 2026 :
| Trimestre | Période de déclaration | Date limite de paiement |
|---|---|---|
T1 |
15 mars – 15 avril 2026 |
15 avril 2026 |
T2 |
15 juin – 15 juillet 2026 |
15 juillet 2026 |
T3 |
15 septembre – 15 octobre 2026 |
15 octobre 2026 |
T4 |
15 décembre 2026 – 15 janvier 2027 |
15 janvier 2027 |
Artiste-auteur : peut-on optimiser ses impôts ?
Quelques leviers existent, mais ils sont encadrés.
L’article 100 bis : l’étalement des revenus
Si vos revenus artistiques sont irréguliers d’une année à l’autre (ce qui est fréquent !), vous pouvez demander à être imposé sur la base d’un bénéfice moyen calculé sur 3 ou 5 ans. Cela permet de lisser la progressivité de l’impôt et d’éviter de payer un impôt disproportionné une année faste.
Par exemple, si vous avez gagné 10 000 €, 5 000 €, 50 000 €, 8 000 € et 12 000 € sur les 5 dernières années, vous serez imposé sur la moyenne (17 000 €) au lieu de 50 000 € l’année du pic. L’économie peut être significative.
Pour en bénéficier : envoyez un courrier à votre service des impôts des entreprises (SIE) en demandant l’application de l’article 100 bis du CGI, en précisant si vous choisissez la moyenne sur 3 ou 5 ans.
La déclaration contrôlée plutôt que le micro-BNC
Si vos frais professionnels réels dépassent 34 % de vos recettes, il vaut mieux opter pour la déclaration contrôlée (frais réels). C’est souvent le cas si vous avez un atelier, du matériel coûteux, des déplacements fréquents ou des frais de formation importants.
L’abattement jeune créateur
Les artistes des arts graphiques et plastiques en début d’activité bénéficient d’un abattement de 50 % sur leur bénéfice pendant les 5 premières années. Cet avantage est applicable uniquement en déclaration contrôlée (pas en micro-BNC).
Les exonérations de CFE
Bonne nouvelle : certains artistes-auteurs sont exonérés de la cotisation foncière des entreprises (CFE). C’est le cas des peintres, sculpteurs, graveurs et dessinateurs qui ne vendent que le produit de leur art, ainsi que des photographes d’art pour leur activité de prise de vue et de cession de droits.
Les 5 erreurs à éviter absolument
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Remplir la case 5HY : on l’a dit, mais c’est tellement fréquent qu’on le répète. Ne la remplissez jamais.
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Oublier la déclaration URSSAF : la déclaration fiscale ne suffit pas. Sans déclaration sociale, vos droits (maladie, retraite) ne sont pas validés et vous risquez des majorations de retard.
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Confondre micro-BNC et microentreprise : le régime micro-BNC de l’artiste-auteur n’est pas la microentreprise. Les cotisations sociales, les déclarations et les droits sont différents.
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Déclarer le montant net au lieu du brut : en micro-BNC, vous déclarez vos recettes brutes HT. C’est l’administration qui applique l’abattement de 34 %. Si vous déduisez vous-même les 34 % avant de déclarer, vous serez sous-imposé… et l’URSSAF vous rattrapera.
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Ne pas vérifier la cohérence entre les deux déclarations : si les montants déclarés aux impôts et à l’Urssaf ne correspondent pas, vous risquez un redressement d’un côté ou de l’autre.
Récapitulatif : les cases à remplir selon votre situation
| Situation | Formulaire | Case(s) |
|---|---|---|
Droits d’auteur via éditeur/producteur → régime TS |
2042 (principal) |
1GF (déclarant 1) ou 1HF (déclarant 2) |
Ventes d’œuvres, ateliers, bourses → micro-BNC |
2042 C Pro |
5HQ (déclarant 1) ou 5IQ (déclarant 2) |
BNC aux frais réels → déclaration contrôlée avec AGA |
2042 C Pro + 2035 |
5QC |
BNC aux frais réels → déclaration contrôlée sans AGA |
2042 C Pro + 2035 |
5QI |
Jeune créateur arts plastiques → abattement 50 % |
2042 C Pro + 2035 |
5QL |
Case interdite : cotisations sociales indépendants |
2042 C Pro |
5HY = JAMAIS |
La gestion fiscale et sociale de l’artiste-auteur n’est pas toujours simple ! Deux déclarations à gérer, des cases spécifiques à connaître, et des pièges à éviter. Si vous êtes perdu, l’équipe de Superindep est là pour vous aider à y voir clair et éviter les erreurs coûteuses avec l’URSSAF et les impôts !